comment j’en ai bavé pour terminer mes études, et comment il faut s’accrocher parfois dans la vie

J’ai rencontré quelques difficultés (c’est le moins qu’on puisse dire) pour atteindre mon objectif professionnel. Je te raconte combien il est compliqué de s’accrocher à ses projets d’avenir, quand plus rien ne va et que l’on enchaîne les déceptions. Mais heureusement, la persévérance finit par payer.

L’histoire de mon orientation commence de manière peu originale : à ma sortie du Lycée. Le bac en poche, si je n’avais aucune idée de ce qui se profilerait concernant mon avenir, j’étais au moins sûre d’une chose, je ne souhaitais pas aller plus loin qu’un bac+2. Parce qu’après 18 ans passés à étudier, mon cerveau commençait déjà à réclamer une trêve. Et puis, ne sachant où me diriger, je suis allée là où le vent m’a portée, c’est-à-dire que j’ai fait comme tout le monde : je me suis assise sur les bancs de la fac. Ce n’était pas ce qui me plaisait le plus, mais la première année se terminant, j’étais plutôt douée (tu dois comprendre par là que mon taux d’effort comparé aux moyennes obtenues était tout à fait satisfaisant pour assurer le bien-être mon baobab poil dans la main), et entre temps j’avais découvert qu’il fallait une licence pour accéder au CRPE, le concours de recrutement des professeurs des écoles, un métier qui ne me déplaisait pas. J’ai donc fait mon petit bout de chemin et validé ma licence sans encombre. Jusqu’ici tout va bien !

IUFM2008

Arrivée en 2008 à l’IUFM (Institut de formation des maîtres), j’ai été l’une des dernières PE1 (terme désignant les étudiants inscrits à la préparation au concours). J’ai eu la malchance d’arriver au moment où s’amorçait le vaste chantier qu’ont représenté les réformes et les réductions de postes dont ont souffert l’Education Nationale et ses élèves. Dans les faits, quand je me suis inscrite au concours pour la première fois, je suis arrivée dans les 300 premiers, ce qui m’aurait valu d’intégrer la grande famille des professeurs des écoles si je m’étais présentée au concours l’année précédente… mais m’a placé sur liste complémentaire cette année-là, les postes ayant été réduits à 170 dans mon académie. Si je fais mes comptes, j’ai passé quatre fois le concours, été quatre fois admissible (c’est-à-dire quatre fois sélectionnée après les épreuves écrites pour me présenter aux oraux), et on m’a pourtant claqué la porte au nez trois fois. Ces trois fois, mes résultats m’auraient permis de décrocher le concours l’année précédente : au fur et à mesure que je progressais dans le classement, le nombre de postes offerts au concours se réduisait et me laissait donc sur le palier, dépitée.

Pourquoi me suis-je accrochée ? C’est une bonne question, quand certains aujourd’hui semblent penser que les femmes considèrent la fonction enseignante comme un « métier d’appoint » (coucou monsieur Compagnon). Pourquoi me serais-je acharnée et aurais-je perdu quatre ans de mes études, quatre ans de ma vie, à passer ce concours pour un métier d’appoint ? Je mentirais en affirmant ne pas avoir pensé à tout laisser tomber et à changer de voie. Je ne serais pas honnête si je prétendais que ces soirées passées à pleurer dans les bras de ma maman contre cette injustice n’avaient pas existé. J’ai vraiment morflé, et ce n’est pas juste : je méritais ma place plus tôt. Je l’ai finalement décroché ce concours, la quatrième fois, dans une autre académie. L’ironie du sort étant que j’aurais eu le concours dans mon académie d’origine cette quatrième fois. Mais je ne regrette rien.

Université2009

Si je me suis accrochée à ce concours comme une moule à son rocher, c’est tout simplement parce que je ne me voyais pas faire autre chose. Je ne me voyais pas faire autre chose, et pourtant au commencement, c’est bien par défaut que j’avais choisi de suivre cette orientation. Ce qui a tout changé, c’est l’aperçu que j’ai pu avoir du métier au travers de quatre stages en responsabilité. Les stages en responsabilité sont apparus avec la réforme de Sarkozy, et ont permis d’économiser de l’argent en plaçant des étudiants admissibles au CRPE (retenus aux écrits) devant des classes, pendant que les titulaires partaient en formation continue. Ces stages mettaient des étudiants non formés devant les élèves, et je te laisse imaginer le désastre que cela pouvait vite devenir*. Mais ils m’ont permis de découvrir la réalité d’une classe de trente élèves. Et j’ai kiffé**.

J’ai finalement obtenu le concours, mais la galère n’était pas terminée pour autant. Car depuis 2009 il faut un master pour enseigner : peu importe le master, d’ailleurs. Je me suis inscrite au master « enseignement primaire et culture scientifique » (qui change encore de nom cette année), et j’ai tout validé, à l’exception mémoire de deuxième année, que je n’ai pas rendu. Pour faire court : en révisant pour le concours, en travaillant toutes les autres matières du master, si j’avais écrit un mémoire, il aurait été bâclé, ou en tous cas d’un niveau bien moindre que ce dont je suis capable, et je me refuse à rendre un torchon qui vaudrait à peine la moyenne. Je suis donc passée pour une grosse fainéante, mais j’ai bénéficié d’un report du stage de titularisation pour rédiger ce mémoire et valider définitivement le master. Je prendrai ma première classe en septembre 2014.

* Je ne suis pas sûre que la solution proposée actuellement dans les Espé soit meilleure. Mais n’en ayant pas été victime, je ne peux pas te raconter. ** J’ai un très très mauvais souvenir de ma première fois devant des élèves, mais je te raconterai ça dans un autre article, ne sois pas gourmand.

2013

Si le concours et le master sont aujourd’hui une affaire classée, entendre que le concours que j’ai mis quatre années à décrocher est donné, alors qu’on nous demande un bac+5 et que les épreuves se sont sérieusement durcies, ça m’énerve. Entendre que je me suis battue pour un métier d’appoint, alors que j’aurais pu rebrousser chemin pour d’autres voies plus faciles et sûrement mieux payées, ça me donne envie de distribuer des baffes. La revalorisation du métier d’enseignant, ce n’est clairement pas pour demain.

Je réalise que j’ai franchi une première étape, et j’en suis très heureuse (et surtout soulagée). Mais je suis consciente que cette étape n’était, justement, que la première, et que le plus dur m’attend : les premières années d’enseignement sont connues pour être physiquement et psychologiquement difficiles. Pourtant, après avoir traversé quatre ans d’épreuves et gagné cette première bataille, je suis confiante, et j’ai le sentiment de pouvoir tout faire…

17 Replies to “comment j’en ai bavé pour terminer mes études, et comment il faut s’accrocher parfois dans la vie”

  1. C’est très intéressant comme article, je savais que c’était de plus en plus difficile comme concours, mais je ne pensais pas à ce point.

    J’ai hâte de lire l’article du premier cours face à des élèves !

  2. Oh, tu sais, c’est peut-être moi qui suis une quiche ! ;)
    Ahah, le premier cours était épique ! J’ai eu une extinction de voix !
    En tous cas je suis impressionnée que tu aies réussi à lire malgré la superbe ligne de code à rallonge qu’il y avait au-dessus (mais peut-être que tu l’as lue aussi? héhé) !

  3. La ligne de code n’apparaissait qu’au dessus du titre du blog, donc une fois passée le titre, elle me gênait plus :)

    Ah non, mais t’es pas une quiche, je ne pense pas. Je risque de passer des concours aussi dans les années à venir (je suis dans un M1 de droit qui préparent aux concours), et quand je vois que certains concours accessibles dès que tu as une L2 sont réputés très dur même quand tu es en master, ça me fait un peu peur, donc j’imagine que c’est pareil pour le CRPE !

  4. Je pense que je suis surtout tombée au mauvais moment, il était quand même plus simple à avoir avant que je m’y inscrive la première fois ! J’aurais du naître un ou deux ans plus tôt !
    C’est vrai que le niveau demandé pour le concours est peu représentatif de la difficulté (certains sont accessibles même avec un niveau bac et sont très durs).
    Ce que je déteste aussi c’est « l’esprit concours », c’est vraiment chacun pour soi… Bon courage si tu te lances, j’espère sincèrement que tu galèreras moins que moi !

  5. Et ben ! on dirait moi ! passé 4 fois ce fameux concours….comme je suis nulle en maths…puis j’ai enseigné au privé en tant que suppléante…et contre toute attente je me suis dégoûtée du métier avant !
    Non pas des élèves, non j’adore tellement les enfants mais de l’Education Nationale…sans commentaires…
    Donc pour ma part finalement bien contente de ne pas l’avoir eu !!!!!!!!!!!

  6. Oui, c’est sûr que c’est un milieu très spécial… Mais j’ai eu la chance de rencontrer des gens formidables qui me font croire que le métier, les collègues, les élèves > l’Institution ! Je ne remercierai jamais assez les PE fantastiques qui m’ont ouvert leur école pour que je puisse réaliser mon mémoire. :)
    Tu étais dans quelle académie ? :P

  7. Efefctivement, tu as raison, ce sont ces sales rencontres qui m’ont dégoûtée à vie de la profession…des bêtes à concours n’ayant pas leur place auprès des enfants….méchants voire violents. N’ayant aucune patience ni le vocabulaire adapté à la profession…un véritable scandale…à m’en donner envie de vomir…aucune envie de rentrer dans ce système…tant que la « sélection » se fera de cette manière et que personne n’ouvrira les yeux sur ce qui se passe dans certaines écoles…
    J’aime tellement les enfants et leur transmettre pourtant…mais je m’en fiche, je fais aujourd’hui une profession à connotation « sous métier » mais c’est tout sauf ça…un véritable épanouissement et de la transmission malgré tout ( je suis assistante maternelle et prof de baby gym)
    J’étais dans l’académie de Rennes.

  8. Malheureusement des pourris, il y en a ! Je pense que ce n’est pas propre à l’EN par contre. L’important c’est que tu aies trouvé ton bonheur ! (tous les métiers peuvent être un jour mal considérés par certains, des cons il y en a beaucoup, il ne faut pas s’arrêter à ça, tant que tu es épanouie dans ce que tu fais!)

  9. Bien sûr , ce n’est pas propre à l’EN tu as raison…
    Oui, je suis ultra épanouie, je fais un très beau métier !!!
    bravo à toi en tout cas dans cette jungle ! :)

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  12. […] Le portrait que je dresse aujourd’hui peut te paraître dur. Je n’ai pas toujours tenu le même discours : c’est comme si pendant toutes ces années, j’avais été atteinte du syndrome de Stockholm, incapable de reconnaître que les conditions dans lesquelles je travaillais étaient loin d’être idéales, et que cette boîte aurait pu s’appeler « Magouilles & Cie ». Dans ma tête je ne pouvais qu’être reconnaissante envers cette enseigne qui m’avait si élégamment offert l’opportunité d’avoir ma première expérience professionnelle, qui m’avait embauchée alors que mon CV était plus vide que J’excusais tout, j’étais aveugle. Et puis un jour le charme s’est brisé. Je suis partie en claquant la porte*, et je ne regretterai jamais de l’avoir fait, car aujourd’hui je réalise que ce job étudiant aura été en grande partie responsable de mes difficultés à obtenir mon concours et à enfin devenir professeur des écoles. […]

  13. […] obligatoire ; dans la pratique, les étudiants inscrits en master 2 enseignement primaire, comme c’était mon cas, étaient notés sur ces stages… donc obligés d’y aller : et quitte à choisir entre un stage […]

  14. […] Quand nous avons enfin été certains de pouvoir emménager ensemble en Île de France (Yay!), mon compagnon et moi-même nous sommes renseignés sur le prix des logements en location à Paris ou sa banlieue. Le constat était assez effrayant, même en y étant préparés psychologiquement : pour notre budget de 800€, à Paris tu as un 20m² (voire moins), et dans le 92 tu as un 40m² (voire moins). En résumé c’est à peu près ça. Et pour te resituer les choses, pour 800€ dans ma campagne rouennaise d’origine, en plus de la douce compagnie des vaches normandes, tu as un palace avec piscine et majordome (à peu près)(c’est pas mon genre d’exagérer pour un article). Nous avons donc pesé le pour et le contre, et décidé que vendre nos organes n’était pas une bonne solution : nous sommes encore jeunes et nous pourrions en avoir besoin plus tard. Nous avons commencé à réunir les papiers nécessaires pour faire une demande de logement de fonctions, puisque mon compagnon est dans la fonction publique (et d’ailleurs si tu suis bien, je le serai moi aussi en septembre). […]

  15. […] Le portrait que je dresse aujourd’hui peut te paraître dur. Je n’ai pas toujours tenu le même discours : c’est comme si pendant toutes ces années, j’avais été atteinte du syndrome de Stockholm, incapable de reconnaître que les conditions dans lesquelles je travaillais étaient loin d’être idéales, et que cette boîte aurait pu s’appeler « Magouilles & Cie ». Dans ma tête je ne pouvais qu’éprouver de la gratitude pour cette enseigne qui m’avait si élégamment offert l’opportunité d’avoir ma première expérience professionnelle, qui m’avait embauchée alors que mon CV était plus vide que la cervelle d’Eve Angeli. J’excusais tout, j’étais aveugle. Et puis un jour, le charme s’est brisé. Je suis partie en claquant la porte, et je ne regretterai jamais de l’avoir fait, car aujourd’hui je réalise que ce job étudiant était l’un des principaux responsables de mes difficultés à obtenir mon concours et à enfin devenir professeur des écoles. […]

  16. […] : j’avais la ferme intention de profiter de mes vacances et de mes week-ends. Et puis j’avais aussi un mémoire à rédiger, et la volonté de m’y mettre sérieusement […]

  17. […] quoi m’occuper chaque week-end (même si entre mon emménagement, la découverte de Paris, et ma première rentrée qui approche, je suis assez occupée). J’adore flâner au soleil entre les rangées […]

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