pourquoi je suis une phobique de la bibliothèque, ou pour être précise, du portique de la bibliothèque

Je n’ai jamais aimé les bibliothèques, c’est plus fort que moi. Le silence pesant qui y règne y est pour quelque chose. Les gens qui chuchotent aussi. Ces mêmes gens qui te regardent de travers quand, lors de ta malheureuse tentative pour mettre un pied devant l’autre, tu as fait un peu trop de bruit et dépassé leur seuil de tolérance (qui, faut-il le préciser ? est extrêmement bas, en tous cas trop bas pour l’éléphant que je suis), sont responsables de mon appréhension. L’interdiction de parler normalement, à voix haute, voire l’interdiction de parler tout court (j’ai l’impression que les règles ne sont jamais les mêmes) me met extrêmement mal à l’aise, et me donne l’impression d’avoir un balai coincé dans le cul qui m’empêche d’ouvrir la bouche. Loin d’y voir un havre de paix comme certains, je considère la bibliothèque comme une sorte prison dans laquelle je suis atteinte de claustrophobie (et de mutisme).

Je pense que j’ai longtemps considéré la possibilité de me faire violemment « CHHHHter » par quiconque là-dedans comme une épée de Damoclès qui, suspendue au-dessus de ma tête, m’empêchait de passer le seuil de ces royaumes du livre. J’ai donc su user de tous les stratagèmes possibles pour éviter d’y entrer pendant la majeure partie de mes études, c’est-à-dire jusqu’à bac+4, quand même (merci Internet). Cependant cet exil a pris fin lors de ma deuxième année de Master, puisque j’ai été obligée, à mon grand dam, d’aller emprunter des livres. Sans échappatoire possible.

bibliotheque

Et c’est alors que j’ai été frappée par la malédiction du portique. Et je porte encore aujourd’hui les séquelles psychologiques de cet épisode douloureux.

La bibliothèque de l’IUFM (Institut de formation des maîtres, où j’ai fait mon M2), était équipée, comme toutes les bibliothèques, d’un portique, dont la mission était d’épingler les voleurs de livres. Quand tu as la malchance de faire sonner cette machine du diable, tu as ordre de vider ton sac et de prouver ton innocence devant la foule d’amoureux du livre prête à te juger.

J’ai donc fait l’expérience de cette malchance pendant une année entière. A chaque passage au portique, retentissait le « bip bip bip bip bip » tant redouté, et tous les regards réprobateurs se tournaient vers moi pour assister à ma condamnation, sans compassion. Il fallait alors me laver de tout soupçon, et les bibliothécaires procédaient à une fouille en règles. Mieux valait n’avoir rien de honteux dans son sac à main à ce moment-là (je l’ai appris à mes dépens). Finalement, faute de preuves de ma culpabilité, ils finissaient par me libérer, jusqu’à la prochaine fois…

Car des fois, il y en a eu, tellement qu’au moment d’entrer dans la bibliothèque, je montrais patte blanche en précisant que mon sac allait sonner à la sortie. Ce qui n’empêchait pas les bibliothécaires de regarder dedans, au cas où. Nous avons cherché pourquoi il sonnait. Je l’ai complètement vidé, plusieurs fois, j’ai même changé de sac, changé de manteau, changé tout ce qui pouvait l’être… malgré ma bonne volonté, je continuais de faire hurler, invariablement, ce bout de machin en plastique. Et j’enrageais intérieurement, continuant de venir, parce que je n’avais pas d’autre choix.

Si j’avais eu quelque chose à voler un jour, tu penses bien que je n’aurais pas choisi de voler un livre. Et si à chaque fois que j’avais fait sonné ce maudit portique, il y avait eu un bouquin caché dans la doublure de ma culotte*, la bibliothèque serait tristement vide à ce jour.

* Ceci est une figure de style, je lis MadmoiZelle.com, je ne porte donc pas de culotte.

bouquin

Depuis ces mésaventures, à chaque fois que je me présente devant un portique, j’ai beau savoir que je n’ai absolument rien à me reprocher, qu’il ne sonnera donc pas… Je tremble, des gouttes de sueur perlent sur mon front, les battements mon coeur s’accélèrent, ma respiration devient saccadée. Et quand je franchis le portique, je redoute tellement le fameux cri accusateur dont j’ai tant souffert, que j’arrête de respirer. L’espace d’une seconde, le temps de passer de l’autre côté, mon cœur cesse de battre*.

* Peut-être que j’exagère, peut-être pas.

3 Replies to “pourquoi je suis une phobique de la bibliothèque, ou pour être précise, du portique de la bibliothèque”

  1. […] # Pourquoi je suis une phobique de la bibliothèque, ou plus précisément, du portique de la biblioth… – publié le 24/03/14 Une petite parenthèse pleine d’humour grâce à laquelle je partageais une situation qui peut malheureusement arriver à tout le monde, et qui peut s’avérer très perturbante psychologiquement, surtout si elle se reproduit régulièrement ! […]

  2. Eh bien dis donc, toi tu n’as pas de chance. Peut-être as-tu le corps magnétisé pour sonner comme ça ? XD
    Tu sonnes aussi à l’aéroport ?

    R.
    http://linconstance.blogspot.fr
    Futilités et réflexions entremêlées,
    Viendras-tu ? ♠

  3. Je ne sonne plus depuis un an ou deux maintenant… mais je garde les séquelles psychologiques ! ;)

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