il faut une fleur

comment je suis entrée en collision frontale et directe avec ces petits énergumènes communément appelés « élèves »

Il faut une première fois à tout. Et première fois rime généralement avec manque d’expérience. Souvent, tu te rappelles cette première fois en souriant de ta maladresse. Ma première fois devant des élèves, elle, a été douloureuse. Et plus de trois ans après, je n’en souris toujours pas. Car j’ai bel et bien failli tout arrêter suite à cet échec cuisant.

Les réformes successives de la formation des enseignants restent un mystère pour toi ? Le récit de mon expérience apportera peut-être quelques réponses aux questions que tu te pourrais te poser.

Replaçons tout d’abord les événements dans leur contexte. Avec la réforme de 2008, les personnes admissibles au concours de recrutement des professeurs des écoles, c’est-à-dire les personnes sélectionnées pour se présenter aux oraux, se sont vues offrir la possibilité de réaliser deux stages rémunérés de deux semaines chacun. Ces stages servaient à remplacer les professeurs des écoles titulaires qui partaient en formation continue. En théorie rien n’était obligatoire ; dans la pratique, les étudiants inscrits en master 2 enseignement primaire, comme c’était mon cas, étaient notés sur ces stages… donc obligés d’y aller : et quitte à choisir entre un stage d’observation et un stage en responsabilités seuls face à une classe, nous nous sommes tous dirigés vers le second stage, qui était payé.

Université

Sur le papier, nous étions formés par l’IUFM (institut de formation des maîtres), pour être prêts à assumer ces remplacements. En réalité, nous avons connu notre affectation de stage une semaine avant de commencer celui-ci. Sur le papier, tout le monde devait nous faciliter la tâche… En réalité, notre situation n’était pas du tout prise en compte par l’IUFM lors des affectations. Non véhiculée, je me suis retrouvée à devoir me déplacer en dehors de l’agglomération où se trouvait mon domicile, dans un car qui partait à 6h du matin, alors que d’autres étudiants possédant permis et voiture se rendaient à pieds sur leur lieu de stage (tranquilou). Quand j’ai appelé l’école où j’avais été affectée, on m’a avoué que la personne que je remplaçais n’était même pas au courant qu’elle partait en formation… Ce cas de figure s’est d’ailleurs répété à chacun de mes stages : belle organisation.

La fameuse formation que j’ai reçue par l’IUFM avant de me jeter dans la gueule des louveteaux, a duré à peine une semaine. Heureusement, ils ont eu la présence d’esprit de séparer les étudiants qui enseigneraient en élémentaire de ceux qui enseigneraient en maternelle… Mais ils n’ont pas été plus loin. J’ai reçu des cours plus que vagues, très axés sur la théorie, et on m’a montré comment faire une belle fiche de préparation pour mes cours.

Ah ça ! Elles étaient de toute beauté, mes fiches de préparations ! Mais elles ne m’ont pas sauvée…

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J’ai donc remplacé la titulaire d’une classe de vingt-huit élèves de moyenne et grande sections, pendant quinze jours. Et ce premier contact avec la jungle a été violent.

Ma préparation était sérieuse, mais elle s’est avérée être trop ambitieuse. Gérer une classe de maternelle, c’est compliqué. Garder un œil sur quatre ou cinq ateliers en même temps quand on n’en a pas l’habitude, ça rend fou. Je me suis donc éparpillée et je passais mes soirées à retravailler mes séquences, parce que rien, mais alors rien de rien, n’avançait comme prévu…

Et puis, en plus du contenu des cours, il y avait la fameuse « gestion de classe ». Figure-toi qu’à l’époque je n’avais aucun enfant de cet âge dans mon entourage. Je n’avais d’ailleurs jamais fait de baby-sitting. Ces petits êtres mesurant environ un mètre de haut (ou trois pommes), se déplaçant et parlant de manière très approximative, parfois pris d’élans d’affection incontrôlée, m’étaient totalement inconnus. Ils m’ont prise au dépourvue, et surtout… ils s’en sont bien rendu compte. Les enfants ne sont pas des anges : quand ils voient une brèche, ils s’engouffrent dedans. Et mon autorité présentait une sacrée fissure. C’est ainsi qu’en une semaine j’ai totalement perdu ma voix, et j’ai passé mon week-end à prier le miel et les abeilles pour qu’elle soit revenue le lundi… Car le lundi, figure-toi que j’étais inspectée.

Oui, inspectée ! Tu croyais que cela ne concernait que les titulaires ? Figure-toi que non, pour notre gentil stage de deux semaines, nous étions visités soit par un professeur de l’IUFM, soit par un maître-formateur. Le lundi matin une maître-formatrice est donc venue me rencontrer, et j’ai appris plus tard qu’elle venait tout juste de décrocher le CAFIPEMF (certificat de maître-formateur), ce qui à mon sens explique son attitude (elle avait pris le melon !), sans pour autant l’excuser.

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Ce qui était censé être une visite nous permettant de poser les bases d’une réflexion sur notre pratique s’est transformé en jugement sans appel. Je me suis demandé comment cette dame avait pu devenir formatrice, quand son unique but était clairement de me faire pleurer et ainsi d’être sûre que j’abandonnerais à la fois mes projets et le concours. Et tout cela parce qu’elle avait unilatéralement décidé que je n’étais pas faite pour ça.

Bien sûr les séances que je lui ai présentées étaient loin d’être parfaites. Mais elle l’a avoué elle-même, j’avais bien travaillé, il y avait un véritable effort de préparation : j’avais monté tout un projet que j’avais passé beaucoup de temps à élaborer, et que j’avais retravaillé tout au long de la semaine. Cependant je n’avais pas d’autorité sur la classe, et « l’autorité ça ne s’apprend pas » m’a-t-elle déclaré. D’ailleurs, je ne leur avais rien appris, à ces élèves. J’ai bien essayé de me défendre, c’était peine perdue : sa mauvaise foi était totale, si bien que quand je lui ai fait remarquer que c’était difficile d’avoir de l’autorité pour une stagiaire aphone, elle m’a gracieusement répondu : « Oui j’ai bien compris que vous aviez mal à la gorge ! ».

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Je ne cherche pas à me plaindre : le bilan de ce premier stage n’est pas entièrement négatif puisque j’y ai rencontré une collègue stagiaire, avec qui j’ai beaucoup échangé, et qui est aujourd’hui une très bonne amie. Ce que je souhaite dénoncer, c’est le comportement inadmissible de quelqu’un qui n’avait de formateur que le titre, qu’elle arborait pourtant fièrement. Elle s’est permise de me rabaisser et de me juger en oubliant autant son statut que le mien.

Son rapport sur mon compte a été aussi incendiaire que ce à quoi je pouvais m’attendre, après avoir fait connaissance avec une telle morue. Je ne me suis (presque) pas démontée et mes belles fiches de préparation, associées à un compte-rendu de stage aux petits oignons, m’ont rapporté un honorable 13 auprès de mes formateurs de l’IUFM.

Pour autant, personne n’est venu me voir pour s’assurer que ma vocation était intacte après cette mauvaise rencontre. Or, elle ne l’était pas.

8 thoughts on “comment je suis entrée en collision frontale et directe avec ces petits énergumènes communément appelés « élèves »

  1. Merle

    Je ne comprends pas les gens qui agissent comme ça… C’est tellement dommage d’être ainsi.

    En tout cas bravo à toi de ne pas avoir baissé les bras devant des personnes comme ça.

  2. maghily

    Faudra qu’on m’explique pourquoi les contrôleurs s’évertuent à démotiver les jeunes recrues motivées au lieu de leur apporter un quelconque soutien ?! Surtout quand on sait que l’enseignement (en tous cas en Belgique, je ne sais pas ce qu’il en est pour la France) souffre déjà de pénurie.

    Enfin, les gens qui bénéficient d’un peu de pouvoir sur les autres aiment souvent en abuser.

    Je te souhaite néanmoins de t’amuser dans ce métier éprouvant mais qui peut également se montrer très gratifiant ! ;) (Moi, je n’ai finalement pas eu le courage de m’y lancer)

  3. Princesse Vivi Post author

    Il y a pénurie ici aussi ^^. Ils ont même lancé une campagne de recrutement, et ont créé des « emplois d’avenir » pour que les étudiants puissent bosser dans des établissements scolaires à temps partiel.
    Je ne comprends pas non plus ce comportement. J’ai rencontré d’autres personnes après cette mauvaise expérience, qui ont été formidables. Mais c’étaient des conseillers pédagogiques et non des maîtres formateurs. Je me demande s’ils se la pètent tous comme elle…! ;)
    Merci pour vos messages ! :)

  4. Échos verts- Natasha

    Bonjour! Je suis désolée que tu sois passé par une expérience aussi stressante, démotivante et injuste avant même d’avoir réellement entamé ta carrière d’enseignante! J’ai eu la chance de faire ma formation de prof en Angleterre (PGCE) et même si les élèves et le système éducatif anglais sont loin d’être parfaits, la formation est, elle, une véritable opportunité d’apprentissage au métier de prof- on alterne entre les cours à l’université et l’observation en classe dès la 1ère semaine et au fil des mois le temps d’observation augmente et se transforme en enseignement. Bien qu’il y ait un peu de théorie, il y a surtout beaucoup de discussions et de mises en situation autour de la pratique et tout au long de l’année on est suivi par des professeurs-formateurs qui d’une part savent enseigner et d’autre part savent former! Je n’ai jamais compris pourquoi on se concentrer tant sur la théorie en France alors que l’enseignement ça se pratique et la confiance, l’autorité, je confirme, ça s’apprend! Pas du jour au lendemain c’est certain… mais en tous cas, le jour où je me suis retrouvée devant MA classe pour la 1ère fois, je savais exactement à quoi m’attendre car je l’avais déjà fait des dizaines et des dizaines de fois l’année précédente, donc ma confiance et mon autorité, j’avais eu le temps de les gagner. Merci d’avoir partagé ton témoignage; j’espère vraiment que le système de formation à l’enseignement en France finira par évoluer dans le bon sens, pour l’intérêt des élèves et des profs, que j’admire! Bon courage!

  5. romane

    C’est dur de devenir prof ! Tu t’engages dans une voie parsemée d’embuches ! Mais courage, le travail paiera !

    Les stages sont souvent l’occasion de découvrir le métier et je comprends la surprise que tu as eu lorsque tu t’es retrouvée face à tous ces petits braillards ! Ma pauvre, je n’aurais pas aimé être à ta place …

    Je te soutiens dans ton projet en tout cas !

    Romy
    http://linconstance.blogspot.fr

  6. Princesse Vivi Post author

    @Natasha : J’ose espérer que je suis mal tombée et que les maîtres formateurs ne sont pas tous comme elle… C’est vrai qu’en France on tâtonne beaucoup sur la formation en ce moment ! L’ancienne version (avant 2008) avec un stage filé sur toute l’année avait ses défauts, mais était toujours mieux que ce que l’on nous propose maintenant… En attendant qu’ils trouvent une version plus satisfaisante, j’ai fait les frais de l’expérimentation je pense :)
    Merci pour ton soutien @Romane :)
    J’ai passé la première étape : le concours. J’ai surmonté l’épreuve qu’a été ce premier stage (article à venir !). J’aurai ma première vraie classe en septembre si tout va bien ! (Et sûrement d’autres histoires à partager)

  7. Pingback: comment j’ai voulu poser mes valises en île de france : épisode #1 | il faut une fleur

  8. oth67

    Je suis devenu PE suite à une reconversion professionnelle et je te confirme qu’il y a un fossé entre l’IUFM et prendre une classe en main ! J’ai plus appris lors de mes stages !

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