il faut une fleur

et la liberté pédagogique dans tout ça ?

Je m’exprime peu sur le sujet de la pédagogie, car en tant que toute jeune prof, j’estime que je n’ai pas trop mon mot à dire là-dessus. On peut penser que j’ai tort (sûrement, j’ai des idées sympas parfois !), mais je pense sincèrement qu’en tant que débutante c’est plus à moi d’écouter que de donner des leçons.

Ce n’est apparemment pas le cas de tout le monde, et cela commence à me titiller, un peu.

maria-montessori

J’ai l’impression que tous les ans, on nous trouve le messie, celui qui a trouvé la pédagogie miracle qui sortira tous nos élèves de l’échec, qui les fera tous réussir. La pédagogie à suivre à la lettre et dispensée par un gourou qui a compris ce que tant de collègues n’ont pas pu comprendre avant lui. Que ce soit inspiré de Montessori, Freinet, des neurosciences, du bon sens, on essaie de nous faire comprendre ce qui ne va pas dans l’école d’aujourd’hui et de nous donner une solution miracle pour assurer la réussite de tous. Et si on n’écoute pas ce gourou, c’est parce qu’il dérange, c’est parce que l’Education Nationale ne veut pas changer ses méthodes.

Tu te doutes que je pense là tout de suite à Céline Alvarez et ses trois petite années d’enseignement à Gennevilliers. Si tu ne sais pas de qui je parle, tu peux aller lire cet article de Lucien Marbœuf qui résume tout très bien et de manière impartiale. Je n’ai rien contre cette dame, mais je trouve quand même qu’elle fait preuve de bien peu d’humilité.

Je trouve cela tellement condescendant pour tous ces profs qui ont une véritable réflexion sur leur pratique, année après année, qui se remettent en question et surtout qui ne prétendent pas révolutionner l’école avec une seule méthode et au bout de trois ans, dans des conditions très éloignées de la réalité. Eux, sont les véritables courageux, qui affrontent les suppressions de postes et le peu de moyens au quotidien. Eux, n’ont pas d’Atsem supplémentaire, ni de matériel Montessori hors de prix, ils se contentent du financement de la mairie.

A mon humble avis, s’il y a tant de méthodes différentes, tant de points de vue, tant de disparités, c’est parce qu’aucun élève n’est identique, et proposer de nouvelles méthodes c’est bien (même si, quand c’est inspiré de Montessori, et basé sur la bienveillance, on ne peut pas tellement qualifier ça de nouveau), mais il faut bien avoir conscience qu’une seule méthode ne peut pas être la bonne pour tous. Elle ne peut pas convenir à tous les élèves, et surtout elle ne peut pas convenir à tous leurs professeurs… Car il faut aussi, de temps en temps, se placer du côté de celui qui enseigne et comprendre qu’on a plus d’affinités avec certaines méthodes qu’avec d’autres… Et qu’une pédagogie peut être génialissime, si elle n’est pas adaptée au public visé, ou si celui qui est sensé la pratiquer n’est pas convaincu, on court droit à l’échec. Il faut des enseignants qui éprouvent du plaisir en classe, autant que leur élèves, et cela est possible grâce à ce que l’on appelle la liberté pédagogique.

montessori
Je crois beaucoup en la pédagogie de Maria Montessori. Mais adaptée aux réalités du terrain, au peu de moyens, aux classes chargées, aux enfants d’aujourd’hui. Et sans prétention.

Une classe efficace et sereine, ça passe aussi par une réduction des effectifs (parce que tu peux pas être présent pour tout le monde quand tu as une classe de 35 élèves), et par une revalorisation du métier (parce que tu as du mal à être heureux dans ta classe quand tout le monde te reproche tes vacances et quand ton salaire ne correspond pas au bac+5 exigé), plutôt que par une méthode en particulier.

Je pense que Céline Alvarez gagnerait aller voir ce qui se passe dans la classe de ses ancien(ne)s collègues, car elle a fait sa tambouille dans son coin sans se préoccuper de ce que faisaient les autres, de ce qui existait déjà. Elle devrait aussi tester sa fameuse méthode dans d’autres milieux, avec des moyens réalistes (l’atsem supplémentaire, c’est juste irréalisable !) et en élémentaire, avant de crier victoire. Vouloir imposer une façon de faire à tous, c’est une erreur. C’est à chacun de trouver la manière d’enseigner qui lui convient, en s’inspirant des pratiques des uns et des autres, en partageant et en s’entraidant, plutôt qu’en suivant une même personne. A chacun de bidouiller sa formule magique. Et surtout ne jamais prétendre qu’on a trouvé le problème des autres…

Parce que franchement, qui en 2016 ne sait pas qu’il faut être bienveillant avec les enfants ?

7 thoughts on “et la liberté pédagogique dans tout ça ?

  1. Louna

    Merci pour cet article que je trouve très intéressant, bien qu’un peu frustrant : est-ce que tu voudrais partager avec nous des méthodes qui fonctionnent, pour toi, dans ta réalité actuelle ?
    En tout cas, j’apprécie beaucoup l’analyse que tu fais de la situation.
    Quant à ta toute dernière question, je répondrais que, malheureusement, même en 2016, il y a encore bien trop de personnes qui ne savent pas qu’il faut être bienveillant avec un enfant. Peut-être moins parmi les professeurs, mais parmi les parents, sûrement….

  2. Violaine Post author

    Dans ma réalité actuelle, c’est beaucoup de dodos et de câlins puisque j’ai la chance d’être en congé parental ! :)
    Sinon, ça dépend vraiment des élèves que l’on a en face de soi… et de soi-même : moi je suis beaucoup plus à l’aise et je préfère vraiment la maternelle. Je partagerai peut-être un projet que j’avais fait en sciences autour de l’eau et qui m’avait beaucoup plu, si ça peut intéresser ce sera avec plaisir :)
    Ah oui après l’éducation parentale c’est un vaste débat…

  3. Angie

    Merci pour cet article dissonant ! C’est vrai que la pensée unique est parfois énervante voir « flippante. » Mais…
    Toutefois, pour être sortie de l’ESPE il y a plus d’1 an maintenant – toujours pas de CRPE car loupé 1 fois, puis 2 fois quand j’étais enceinte – je peux t’affirmer que le discours d’Alvarez est fondamentale ! Pourquoi ? Parce que dans la formation actuelle des enseignants, les questions de la pédagogie ne sont que très peu abordées ? On a droit à un cours en amphi qui brosse l’existence des différents courants et basta. On y aborde pas en effet, les neurosciences qui a mon humble avis sont d’une avancée précieuse dans la compréhension du cerveau de l’enfant et de ses chemins d’apprentissage. La formation est au rabais. Puisqu’elle consiste à préparer au concours puis à valider u ne fois stagiaire un M2 très – trop ? – toujours théorique…
    Pour tout te dire, je partage les mêmes desseins que Celine A : entrer à l’EN pour la « secouer » de l’intérieur. Cette institution me donne parfois des boutons et je me retrouve souvent dans la position schizophrénique de la nana qui veut y entrer mais qui en même temps déteste l’institution ! Seulement, je ne compte pas en démissionner au bout de 3 ans, si ce n’est peut être pour ensuite créer ma propre école. Car je souhaite transmettre.
    Par ailleurs, je ne pense pas qu’il faille passer X année à enseigner pour constater que système éducatif français est à bout de souffle. Il suffit comme tu dis d’avoir du bon sens, et de ne pas être blasée par X années de métiers usant, dévalorisé etc etc. Car pour l’avoir observé en stage, la bienveillance, la promotion de coopération et la pro-activité ne va pas de soit dans toutes les classes que j’ai pu visiter, loin de là. Malheureusement…
    Quand à la liberté pédagogique, je peux te dire que c’est un leurre ! Même les profs à l’ESPE m’ont bien fait comprendre qu’elle a ses limites. Pourquoi ? Car les parents, les collègues et l’inspection académique n’aiment pas ceux qu’on suive une autre route qu’eux ! ;)
    Je pense que tout le monde ne vit pas les mêmes choses et que si si, en 2016, la bienveillance est parfois encore un mot étranger pour de nombreuses personnes… Et pas que les parents ! ;)

  4. Violaine Post author

    Comme je l’ai dit dans l’article, c’est vrai que la formation initiale est à revoir (et j’en connais moi aussi quelque chose puisque je suis T2), c’est vrai que la formation continue aussi est à revoir, tout comme le nombre d’élèves par classe, l’accompagnement, etc. Oui, il y a des réformes à faire, et celles qui sont en cours ne vont pas dans le bon sens. Mais cela n’a rien à voir avec la « méthode » de Céline Alvarez. Elle n’a rien inventé, et je te trouve bien prompte à juger les collègues sans avoir eu ta propre classe. Car je peux te dire qu’il est très différent d’observer une classe (ou de la prendre en pratique accompagnée), et d’enseigner pour de vrai, sur toute une année, avec de vrais élèves. C’est exactement le propos de mon article : plutôt que de juger les collègues qui ne sont pas assez comme ci, pas assez comme ça, essaie d’apprendre d’eux. Pas de faire tout comme eux, mais de prendre ce qui peut être pris ! Ce que n’a pas su faire Alvarez puisqu’elle n’a pas coopéré avec ses collègues… Et c’est pourtant la clé, c’est ce qui se fait en REP, c’est aussi ce qui marche mais les personnes qui le font n’en font pas un livre, c’est vrai.
    Non, il n’y a pas besoin d’expérience pour constater que le système actuel ne fonctionne pas. Mais il en faut pour proposer autre chose (et se forger sa propre méthode). Quant à la liberté pédagogique… bien sûr qu’elle a ses limites, comme toute liberté ! Je t’invite à tester des méthodes novatrices pour constater qu’il y a des inspecteurs, des parents, et des collègues ouverts qui aiment la nouveauté.
    Et en ce qui concerne la bienveillance, effectivement il peut y en avoir qui ne sont pas bienveillant, tout simplement parce que ce n’est pas en leur disant « soyez bienveillants » qu’ils vont le devenir.
    Si le système te donne des boutons et te rend schizophrène effectivement tu ne risques pas d’être très heureuse à l’EN car c’est une grosse machine ;)

  5. Emy@FeminiteZen

    coucou. « la pédagogie miracle » ça me fait sourire… et si on vous laissez juste un peu faire appel à votre bon sens et votre intelligence relationnelle pour essayer de vous adapter au mieux dans un cadre moins rigide ??? mon point de vue est un peu utopique, je sais. Je suis fan des disciplines positives et autres techniques du même style. Même si j’ai bien conscience qu’une version totale discipline positive pour « tenir  » une classe dans un contexte scolaire traditionnel doit être plus que sportif ! Un mélange de discipline « à l’ancienne » et de discipline positive peut être…. bref, c’est le point de vue du dimanche matin d’une petite blogueuse qui vient de se lancer dans d’autres techniques éducatives….bizzz

  6. Angela

    Merci pour ta réponse Violaine. Je sens que je t’ai un peu énervée… ;)
    Mais comment ne pas avoir d’avis sur un sujet qui nous passionne ?
    Tu as raison sur le fait qu’il est facile d’avoir des jugements quand on a pas encore mis la main à la pâte. C’est comme quand ma soeur , nouvelle maman, me disait, « tu verras quand tu auras tes enfants si tes discours sont toujours les mêmes! » Et en effet, elle avait raison ! :)
    Ce que je voulais dire c’est que quand bien même le personnage de C. Alvarez est un peu trop présent dans les médias, et s’impose aux autres comme LA méthode. Il faut bien reconnaître que même si elle n’a rien inventé, elle a su bien synthétiser les pédagogies nouvelles aux avancées scientifiques d’aujourd’hui qui n’existaient pas à l’époque de Célestin Frenet et Maria Montessori… Peut être n’a t elle pas la forme, mais le fond est tellement censé… Et aujourd’hui elle est une bouffée d’espoir en plus pour les jeunes enseignants et futurs enseignants qui refuse la norme estampillée EN.
    Par ailleurs, je n’ai pas trouvé que dans son discours elle casse du sucre sur le dos de ces anciens collègues. Mais peut être que là encore, n’étant pas moi même en poste, je ne suis pas encore assez sensible au besoin de reconnaissance et à la bienveillance attendue – et légitime – par les collègues qui vont au charbon tous les matins. Dans son discours, il me semble que celle-ci en a surtout après l’institution qui me semble ne soutient pas suffisamment les bonnes âmes forces de propositions qui tentent de changer les choses dans leur propre classe, école… Bref qui font les petits colibris sans faire de bruit ! Et ces enseignants la, les enseignants-chercheurs comme on les appelle désormais, j’ai une profonde admiration pour eux.
    Tu as l’air d’être motivée et très humble devant ta tâche et je dois reconnaitre que cela force aussi l’admiration. Moi je suis révoltée. Et je ne supporte plus ce système dans lequel nous vivons. ce matin encore, je faisais des bons en écoutant notre ministre démago. à la radio qui visiblement parle mais ne fait pas cuire le riz…
    Enfin, oui, je tiens à préciser que j’ai observé et travailler avec des enseignants, des équipes et côtoyés des parents ouverts aux pratiques de la pédagogie nouvelle. Ils ont été mes bouffées d’oxygène, mes phares dans la nuit pour continuer à m’accrocher à mon projet professionnel de reconversion (Je viens de la presse écrite. t oui, nulle n’est parfait ! hihi) Reste que malgré mon inexpérience, jamais je n’approuverai une enseignante de CM2 qui impose le vouvoiement à ses élèves et leur demande de se lever quand elle rentre en classe, par exemple. Ou encore, cette enseignante de CE1 qui catalogue ses élèves jeunes lecteurs en les mettant dans des groupes de niveaux, les stigmatisants… Depuis sa rentrée dans ce CE1 justement ma filleule revient tous les jours de l’école persuadée qu’elle est nulle et qu’elle va rater sa vie… Alors qu’elle lit très bien ! ;) Tout cela pour dire que ceci n’a rien à voir avec de la pratique mais juste une façon d’envisager la vie. Oui, on peut apprendre de l’expérience des autres mais oui, il est aussi de notre devoir de refuser les pratiques qui n’ont plus lieu d’être afin de devenir force de proposition, créateur du changement.
    Je te rejoins enfin sur le fait qu’il est fort peut probable que je m’épanouisse à l’EN. ;) Mais ce qui est chouette, malgré que le mammouth se traine et se meurt, c’est qu’en étant enseignante et certifiée pour travailler avec les élèves porteurs de handicaps – mon projet final – je pourrais soit travailler dans des lieux autres que les écoles primaires un peu trop corporatistes à mon gout – ne nous leurrons pas, et qui sait peut être un jour monte ma propre école !
    Bonne continuation à toi et j’oubliais, BRAVO pour ton blog ! Tu as une jolie plume et j’aime la façon dont tu défends tes idées, même si je ne les rejoins pas toutes.

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